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vendredi, 03 juin 2016

Le Relecq-Kerhuon "commune riche"... vraiment?

Dernièrement Le Télégramme de Brest a édité un classement du revenu moyen annuel des 50 plus grandes villes de Bretagne. Dans les commentaires journalistiques j'ai pu y lire que "Le Relecq-Kerhuon chipe la place de la ville la plus riche de la région brestoise à Plougastel", ou bien encore "Le Relecq-Kerhuon fait une belle percée détrônant au passage Plougastel au classement des villes moyennes les plus riches de la couronne brestoise". Ces analyses ou commentaires m'ont interpellé... Connaissant bien mon territoire j'ai trouvé cela certes accrocheur pour la communication mais beaucoup, beaucoup plus "nuançable" dans la réalité du quotidien. En effet : de quoi, de qui parlons nous. Est-ce la commune (ses caisses) qui sont riches? Ses habitants? J'ai donc demandé aux services municipaux toute une série de chiffres et d'analyses depuis 2008, j'ai compilé, analysé et il en ressort une image bien différente de ce qui y est communiqué. Car quitte à faire une analyse, autant la faire avec TOUTES les données afin de pouvoir se comparer aux autres villes. Je vous propose de me suivre dans mon explication (un peu plus longue que d'habitude, désolé!).

L’article du Télégramme, indique que le montant moyen de l’impôt sur le revenu des foyers imposés de la commune a augmenté de 17,13%, ce qui s’explique certes par l'augmentation des revenus de certains ménages, mais aussi par les effets des réformes fiscales (notamment à la suppression de la demi-part fiscale pour les conjoints survivants, qui pour certains sont devenus imposables). Néanmoins, la situation est bien plus contrastée que ne peut laisser entendre l’augmentation figurant dans l’article et masque de fortes inégalités.

Tout d’abord, il y a une baisse de près de 4 points du nombre de foyers imposés entre 2007 et 2014 (de 61,9% à 57,9%). Or, ce que ne mentionne pas l’article, c’est que dans le même temps, la population de la commune a augmenté : en 2007, la population légale était de 10 860 habitants contre 11 581 en 2013, soit plus de 700 habitants supplémentaires. Et malgré cette augmentation de population, la part du nombre de foyers imposés a baissé. En conséquence, s’il y a moins de ménages imposés entre 2007 et 2014 sur une population qui a pourtant augmenté, c’est qu’il y a dorénavant une plus grande mixité sociale, liée notamment à l’arrivée de ménages à revenus plus modestes dans les logements sociaux livrés sur la période mais aussi les accessions sociales à la propriété. A toutes fins utiles au 1er Janvier 2015, Le Relecq-Kerhuon est numéro 2 après Brest pour le % de logements conventionnés : 17,34% Qu'en est-il de nos deux voisines Plougastel et Guipavas? Ce ne sont pas les mêmes chiffres...

Et le RSA (Revenu de Solidarité Active)? Notre ville est aussi la deuxième après Brest  en terme de nombre de bénéficiaires : 326 habitants contre 294 à Plougastel par exemple. Autre élément qui permet aussi d'évaluer la situation sociale d'un territoire : les Aides Individuelles de Solidarité Active (AISA), lesquelles visent à  lever les freins à l'insertion sociale et/ou professionnelle; là encore notre commune est la seconde de la métropole en terme de nombre de ménages bénéficiaires avec 11 pour nous contre 132 pour Brest et 1 à Guipavas. La Couverture Maladie Universelle créée sous Lionel Jospin : notre ville est  la 2ème commune de la Métropole après Brest et la 8ème du département (sur 286!) en pourcentage de bénéficiaires de la CMU Complémentaire (3,2%). Les aides financières pour les habitants en difficulté et votées par le conseil d'administration du CCAS sont en constante augmentation, de 8 en 2008 nous sommes à 18 en 2015 (chauffage, énergie, essence pour aller travailler...) Ces aides allaient de 2438 euros en 2008 quand elles ont été créées à 4756 en 2015.

Le montant moyen de l’impôt sur le revenu des foyers imposés de la commune a bien augmenté de 17,13%, mais ce chiffre ne donne qu’une vision partielle de la situation socio-économique des ménages de la commune.

En effet, cette augmentation masque l’existence de forts écarts de revenus sur la commune, des ménages très aisés cohabitant avec une population à revenus modestes, dont une part non négligeable bénéficie des minima sociaux, de la CMUC-C ainsi que des aides sociales facultatives délivrées par le CCAS comme évoqué ci-dessus.

Par ailleurs, la réputation supposée de commune « riche » qu’a Le Relecq-Kerhuon est largement pondérée par la progression entre 2007 et 2014 de la part des ménages non imposables, par l’augmentation significative du nombre de logements sociaux et par une précarisation voire une paupérisation de certains ménages. Mécaniquement ceux qui ne payent plus d'impôts sur le revenu laissent progresser ceux qui en payent encore et notamment ceux qui gagnent très bien leur vie.

Cette coexistence de ménages à forts et à faibles revenus démontre que, plus qu’une commune « de riches », Le Relecq-Kerhuon est une commune de mixité sociale. Et que pour la sémantique (car elle est importante) ce sont certains ménages qui ont de gros revenus, ce n'est pas le budget de la ville qui est....."riche". CQFD. Et puis sur mixité... fier de l'avoir.

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Sources :

Données FSL (Fonds de Solidarité au Logement) 31/12/2015

Statistiques CCAS 01/01/2015

CAF

Adeupa du Pays de Brest

INSEE RFL 2010

Commentaires

Très bien ...cela a le mérite d'être clair et de remettre les pendules à l'heure!!!!!!!

Écrit par : aubry francine | samedi, 04 juin 2016

bonjour, cette analyse est pertinente et efficace. Des annonces à l'emporte pièce peuvent créer le doute, l'incompréhension et même si effectivement il y a des revenus élevés sur la commune du Relecq, la réalité est bien différente comme vous le soulignez. C'est une chance d'avoir cette belle mixité sociale, ces mélanges, et les richesses c'est à cet endroit qu'elles sont. Pas ailleurs. J'ignorais honnêtement ces éléments chiffrés sur le RSA par exemple ou sur les aides sociales. Comparer c'est bien mais alors il faut aller jusqu'au bout et ne pas livrer quelques bribes. Hélas avec la presse écrite maintenant il n'y a plus que du sensationnel...on abandonne le fond. Vraiment dommage. Voilà pourquoi je en suis plus abonné d'ailleurs. Qu'en est-il des 25% de logements sociaux demandés par la loi duflot d'ailleurs?
Cdt

Écrit par : Jean Paul Salaun | samedi, 04 juin 2016

Notre commune est très représentative de l'accentuation des inégalités. Parce que bien sûr la mixité sociale est un très bon principe mais les relations sociales entre ces 2 mondes ..... j'ai la chance d'habiter un quartier riche du Relecq Kerhuon et bien ça laisse rêveur, à part s'enfermer et essayer de se protéger du contact avec les autres ....... je maintiens que l'accès à la mer et le sentier littoral sont des facteurs de mixité sociale au delà d'être un droit et qu'à ce titre c'est un enjeu majeur pour le Relecq Kerhuon. Je voudrais aussi rajouter que les estimations de certains agents immobiliers contribuent à la discrimination et ne rendent accessibles des biens qu'à des revenus très élevés en acquisition et location, notre commune est certainement un animal a observer de près parce que très représentative de l'évolution de notre bien monde !!!!!

Écrit par : sophie | lundi, 06 juin 2016

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