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mercredi, 14 novembre 2018

Gilets jaunes : la lente exaspération.

Le mouvement populaire s'étant emparé du sujet du coût des carburants rien n'est certain et tout est possible samedi prochain. Est-ce une satisfaction pour un responsable politique local que de constater que le pays glisse inévitablement vers le ras-le-bol global? A titre personnel, non. Et pourtant le malaise est grand, le mal profond. Depuis quelques jours, je l'ai précisé sur mon Twitter, j'ai pris conscience du nombre croissant de gilets jaunes déposés sur le tableau de bord des véhicules. Plutôt que de relayer bêtement et de faire de la propagande pour X ou Y personne, j'ai souhaité échanger avec quelques personnes croisées à Brest et au Relecq-Kerhuon; cette exaspération, que je qualifie de "lente", touche tout le monde. En aucun cas je ne suis journaliste, chacun son métier! Juste que pour comprendre il faut surtout écouter. Et dans l'écoute il y a deux éléments:

  1. Les quelques personnes avec qui j'ai pu échanger valident quasi intégralement l'urgence climatique et les mesures qui peuvent être prises pour tenter de modifier les habitudes, les comportements.
  2. L'incompréhension sur la taxation massive générale que l'on soit aisé ou non, que l'on puisse se payer un plein tous les 4 jours de 68L ou non.

Effectivement il y a une injustice flagrante. Injustice car cela vient en sus des annonces comme la hausse de la CSG pour les retraités, la baisse voire la suppression des APL pour les plus fragiles, la baisse des dotations pour investir pour nous les villes, la disparition des contrats aidés, la hausse du tarif du Gaz le mois prochain.  

A ce titre et en tant qu'élu local je puis vous assurer que le CCAS de la ville doit faire face tous les 3 mois à une hausse continue des demandes d'aides de la part de familles, ou de célibataires. Et ces aides concernent quasi exclusivement les factures d'énergie. Des dizaines d'habitants ne peuvent plus les payer. Une fois le travail des assistantes sociales effectué, c'est à la ville de se prononcer et nous avons comme responsabilité de ne laisser personne sur le carreau. Cette situation est inquiétante car elle s'accélère de manière trop forte. Bien entendu que nous ne recevons pas de ticket d'achat de carburant : mais pour payer cela certains ne peuvent plus payer l'électricité, le gaz, le fioul.

Nous (socialistes) sommes cohérents et portons intégralement la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015 présentée par Ségolène Royal. En aucun cas il n'était fait état de solutions "punitives" pour encourager les changements, au contraire. Dans le cas présent l'actuel pouvoir a décidé  de taxer les ménages, les entreprises et les collectivités à hauteur de 55 milliards d'Euros. Après tout pourquoi pas si l'intégralité des 55 milliards va au financement de la transition écologique et si ces prélèvements sont justes et équitablement partagés : ce qui n'est pas du tout le cas puisque seuls 20% de cette somme sont fléchés sur cette politique. Le reste? Nous l'ignorons. Ou plutôt non : combler les caisses suite aux cadeaux faits aux plus riches et également à la compensation de la promesse électorale qui s'avère être un gouffre financier : la suppression de la taxe d'habitation. 

La réalité quelle est-elle? Que l'on nous donne les moyens financiers de proposer une alternative à la voiture! A nous, les collectivités, au plus proche du citoyen de réaliser des investissements.

1. La recherche sur les nouveaux moyens de transports autonomes.

2. L'accompagnement de la métropole (par exemple) pour l'expérimentation de l'hydrogène.

3. L'aide pour le covoiturage avec les espaces réservés à cet effet (plateforme, foncier).

4. Pour Brest, Marseille, Cherbourg, Le Havre : l'accompagnement sur des financements nationaux et européens pour les transformations des cheminées de ferries et de paquebots (1 paquebot sans scrubber pollue comme 1 million de véhicules à quai). Un scrubber lave les fumées et permet de baisser de 30% la pollution atmosphérique. *

5. Un appel à projet favorisant le transport en commun vers les bassins d'emplois. En Bretagne nous sommes tributaires des éloignements de ces bassins : quelles alternatives à la voiture hormis le bus régional OuestGo?

6. Le rétablissement des lignes SNCF, dites "petites" supprimées par choix politiques un peu partout en France.

7. Un plan massif gouvernemental sur les achats de véhicules propres : le coût pour une petite voiture bien connue, par mois, est en moyenne de 350€ pour une autonomie de 120 Km en électrique. Plutôt qu'une fausse baisse de taxe d'habitation, aider les ménages à acquérir ces véhicules.

8. Un bus électrique pour la métropole coûte approximativement 550 000€ et aucune aide pour ces investissements. La flotte Bibus à Brest c'est 100 unités : le fond des 55 milliards devrait aussi servir à accompagner les territoires comme les nôtres.

9. L'urgence écologique est une réalité : la transition énergétique aussi. Il est positif que le Ministre de l'Écologie ait rang de Ministre d'État, mais ce n'est pas suffisant. L'État doit être à l'initiative de grands chantiers permettant de financer la transition. Pour le coup, on ne peut tout attendre de l'entreprise. Laquelle cherchera inévitablement et logiquement des profits. Cette urgence mérite que l'État s'investisse puissamment dans cette politique.

Sur cette dernière proposition, la droite conservatrice (LR) et la droite libérale (LREM) crieront au scandale de la dépense publique. Sauf que je pense que nous n'avons plus le choix. En attendant nous (socialistes) demandons un moratoire sur les hausses du carburant (car en 2019 le prix continue de grimper), nous demandons d'élargir à 8,5 Millions de Français (ceux qui gagnent moins de 1700€ par mois et qui n'ont pas de transport en commun pour se rendre au travail) le chèque énergie, la création d'une conférence nationale sur le financement de la transition écologique.

Je ne suis, nous ne sommes pas, pour les "blocages" mais il ne s'agit pas de laisser imaginer que seuls les extrémistes seraient "solidaires" de ce mouvement. C'est une hérésie que de le penser. Personne ne peut être insensible à la volonté de faire progresser le pouvoir d'achat avec a minima, le maintenir. Cette option est un appel au secours plus qu'une provocation, comment peuvent-ils se faire entendre sinon? Celles et ceux qui seront sur le "pont" samedi matin ne le font pas, je le pense, de gaieté de coeur. Et les libéraux ** LREM de me dire "je croise des voitures avec des gilets que je ne pourrai jamais me payer" ceci visant à instrumentaliser cette secousse comme étant le fait d'indécents BoBos. La réalité est différente mais comme d'habitude, les mêmes, coupés de tout, représentants de la France "qui va bien" ne peuvent le savoir...  Nous avons, nous, des propositions, j'en ai même quelques unes locales qui sont personnelles. Et à ceux, thuriféraires de la politique actuelle qui me diraient "vous étiez au Gouvernement avant" : JE n'étais pas au Gouvernement, JE n'étais pas député et cela ne m'empêche pas d'avoir des idées pour mon territoire. Nous soutenons donc le mouvement du 17 Novembre pour la protection du pouvoir d'achat.

Capture d’écran 2018-11-13 à 17.52.25.png

* Carnival a signé pour la transformation de 75 paquebots avec des cheminées équipées de scrubbers.

** LREM a décidé de faire alliance avec la droite libérale au Parlement Européen. Ici = Europe 1 10 Novembre 2018

08:58 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | | | |

Commentaires

Cela fait 6 ans que je dépense 340 euros de carburant par mois pour me rendre au travail.

Avec un horaire variable, nous n'arrivons pas à organiser de covoiturage ... même si nous échangeons sur le sujet et analysons l'emploi du temps de plus 80 collègues pour tenter de trouver une solution viable.

C'est navrant de découvrir que des individus s'emparent de ce problème de carburant ... juste parce qu'ils viennent de subir une hausse de gazole ... alors que d'autres endurent le prix de l'essence depuis des années sans que personne ne s'en préoccupent.

Il y a quelques années, l'administration fiscale a changé en cours de route le barème des frais kilométriques par venir en aide à des foyers afin que ceux-ci n'aient pas à payer d'impôts ou plus d'impôts.
Il y a des personnes qui font le choix d'habiter dans des lieux éloignés de leur travail alors que d'autres sont contraintes soit par leur administration (gestion des mutations) soit par la spécificité ou la rareté de leur métier.

On évoque le chèque Energie ... quels sont les foyers qui vont payer la note ? Quels sont les foyers qui vont en bénéficier ? Je suis certaine sans me plonger dans les textes que je ne ferai pas partie des bénéficiaires ... comme jamais d'ailleurs parce que je ne suis pas dans une niche fiscale ou dans le besoin. Dur dur d'être une simple employée d'Etat.

On évoque l'urgence climatique. Nous avons investi massivement dans des travaux de rénovation énergétique (isolation interne et externe, mode de chauffage, VMC, portes/fenêtres, ....). Sommes-nous récompensés ? Non.
Un membre de mon foyer souhaiterai utiliser les transports en commun pour se rendre sur le nouveau site de son entreprise près de l'aéroport ... dans le souci de l'urgence climatique toujours. Aucune offre collective n'est proposée. Au lieu de penser au tram pour servir les commerçants, il aurait été intéressant de créer une ligne qui servent des étudiants ou des travailleurs.

Alors ... le symbole du gilet jaune : je passe mon tour. Il ne sera pas présent dans nos 2 véhicules ... ni même sur la trottinette ou le vélo de notre fille.

Mon point de vue ne sera pas populaire. Je vais respecter votre choix d'affirmer votre mécontentement avec votre gilet jaune sans pour autant vous insulter ... j'attends la même courtoisie de chacun.

Bien cordialement.

Écrit par : LE MOAL ISABELLE | mercredi, 14 novembre 2018

pourquoi pas les transports en communs gratuit sur la Brest métropole avec des parkings relais en périphérie cela pousserait peut être les gens a laisser leur voiture au garage et atténuerait la pollution au niveau local.

Écrit par : prigent | mercredi, 14 novembre 2018

Bonjour Yohann,
Est-ce la bonne solution le tout électrique ? Tant qu’à travailler sur des solutions d’avenir autant réfléchir tout de suite à des solutions réellement pérennes car combien de centrales nucléaires va t’il falloir construire pour éponger le besoin énergétique si l’on va dans ce sens?
Cet avenir ne me parait pas plus radieux .

Écrit par : Thuayre Gaelle | mercredi, 14 novembre 2018

Bonjour Yohann

Depuis quand l’électricité est une énergie propre et durable ?
Tchernobyl et Fukushima, ça ne suffira ?
Ça n’est pas avec des éoliennes et des hydroliennes que l’on va alimenter les batteries de ces voitures « propres ».
Quel est le coût en CO2 de fabrication des batteries ? Comment retraite-t-on les batteries archi-polluantes ?
La voiture électrique est née d’un lobbying des producteurs d’électricité, comme s’est développé le Diesel il y a 40 ans.
Quant aux augmentations de taxes, si le gouvernement actuel n’y est pas pour rien, le précédent avait déjà bien lancé la mode...

Écrit par : Olivier N | mercredi, 14 novembre 2018

qui peut me dire pourquoi ont devrait payer l'electricité plus chere ;si mes souvenir sont bon ces quand meme avec l'argent des français que l'on a construit toutes nos centrale . et je ne parle pas des autoroute et du reste. merci l'europe et les multinational .a qui profite la liberté du commerce aux peuple ou aux multinational. mediter la dessus.

Écrit par : didrich | mercredi, 05 décembre 2018

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