Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 15 avril 2020

Réouverture des Ecoles : scepticisme total. Ma tribune.

L’allocution du Président de la République, le lundi 13 avril, met un jalon en termes de déconfinement progressif. 

Si la date du 11 mai a été décidée pour une ouverture progressive des établissements scolaires et des crèches, fermés depuis le 16 mars inclus, celle-ci reste un objectif conditionné à la réalisation d’un certain nombre de conditions pour plus de 1300 enfants sur la ville. Par ailleurs, le ministre de l’Education Nationale a fait savoir que le retour à l’école ne serait pas obligatoire pour les élèves. Les retours des parents en la matière semblent particulièrement sur la réserve (la FCPE a fait part de ses « inquiétudes » - entretien accordé par Rodrigo Arenas, vice-président de la FCPE, à Europe 1 le 14 avril). En tant qu'élu local, nous naviguons à vue et devons jongler avec de nouvelles informations, parfois contredites dans la journée, pour préparer la suite.

J'ai mobilisé les équipes de la ville pour, objectivement, dresser un constat des questionnements qui se posent à nous d'une part, et également rassurer ou même répondre aux attentes des parents, légitimement inquiets de la situation : encore une fois ce n'est pas le Ministre ou le président qui sont sollicités, ce sont les élu(e)s, le Maire en particulier. Nous nous sommes projetés en faisant "comme si" le 11 mai nous devions accueillir les élèves. Et ce que je peux vous écrire c'est que mon scepticisme est total quand à la tenue de ces délais : non pas par manque de volonté! Mais par pure organisation comme vous allez le constater. Certains diront que je fais du "Macron bashing" : peu m'importe, ce n'est pas mon sujet. Mon sujet est de suivre les règles dans les meilleures conditions en ayant comme priorité la santé et la sécurité des enfants et du monde enseignant. Car, fondamentalement, tout le monde aura compris que cette décision (rejetée majoritairement par le conseil scientifique vendredi dernier) est une 1/2 réponse au MEDEF visant à libérer les parents du confinement et les remettre au travail. Aux villes de se débrouiller avec les enfants!

Pour les collectivités territoriales, justement, responsables de l’organisation des écoles, des crèches, mais aussi des services périscolaires qui leur sont directement rattachés (restauration et ALSH/CLSH), un certain nombre de questions restent aujourd’hui sans réponse (A NOTER : depuis le début de la crise sanitaire, les services municipaux sont positionnés en complément de l’organisation du temps scolaire et considérés comme 2èmeligne) et cela nous/m'inquiète:

La reprise progressive implique-t-elle :

  • Que les règles de distanciation sociale soient toujours d’actualité (NB : de nombreux médecins s’accordent à dire que la distance d’1 mètre est insuffisante)? Auquel cas, la reprise, même en demi-classes, semble compliquée pour les primaires, impensable pour les maternelles. Ces dispositions engendreraient potentiellement la nécessité d’utilisation de locaux différents des écoles (des salles municipales par exemple ?). La question de l’utilisation des locaux communs (toilettes notamment) est entière par ailleurs. Ou alors la contamination "volontaire" via les enfants est la thèse supportée par l'exécutif pour faire en sorte que 60% de la population soit porteuse du virus?

 

  • Que le port du masque soit imposé aux enfants et/ou aux enseignants ? Cela implique, de fait, que les agents municipaux qui entrent en contact avec des enfants soient, eux aussi, munis de masques. Qui de la collectivité ou de l’Education Nationale est responsable de l’approvisionnement de masques pour les enfants ? Pour les agents municipaux, la responsabilité de l’employeur est pleine et entière mais une telle décision du gouvernement doit-elle être financièrement assumée par la collectivité ? Dans cette hypothèse, l’exclusion des maternelles de la reprise des classes se confirme ; en effet, il n’est pas pensable de contraindre un enfant de maternelle à porter un masque, même sur une demi-journée. Plus globalement pour les masques? Qui s'occupe de quoi? Et quand? Car l'on a bien compris que le délai supplémentaire de confinement était, aussi, pour avoir le temps de constituer un stock suffisant de masques.

 

  • Que les services de restauration scolaire reprennent ? SI tel n’est pas le cas, la nécessité pour les parents de fournir des pique-niques pose des problèmes d’inégalité de traitement des enfants le cas échéant. Par ailleurs, la nécessité d’éloigner les enfants les uns des autres implique la problématique des locaux utilisés (différents des « salles » de classe mais plus nombreux que les locaux traditionnels de restauration scolaire). Si tel est le cas, les questions posées plus haut se renouvellent. En effet, si l’on peut adapter l’organisation (3 services par exemple, en concertation avec l’Inspection d'Académie), le nombre d’enfants que nous pouvons accueillir dans les locaux de la restauration scolaire sera forcément réduit. Dans la configuration actuelle, au maximum 300 enfants (sur 3 services), soit un peu plus du tiers des effectifs habituels, pourront être accueillis sur l’ensemble des sites (restaurants scolaires Jules Ferry et Jean Moulin). Il existe une possibilité d’utiliser des locaux non prévus pour la restauration scolaire habituellement tels que les gymnases. Ces dispositions entraineraient, de fait, des adaptations en termes d’aménagement mais aussi en termes d’hygiène alimentaire. Quotidiennement ce sont plus de 800 enfants que nous accueillons dans nos restaurants. Et concernant les enfants du privé? Que deviennent-ils?

 

  • Que les services de la collectivité se substituent aux enseignants qui feraient, éventuellement, valoir leur droit de retrait (légal ou non, la question n’est pas posée en ces termes)? Cela impliquerait que les services municipaux, par dérogation, puissent intervenir sur le temps scolaire ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. La question de la gestion des gestes barrières et de la distanciation sociale reste posée dans les mêmes termes que dans le cas de l’accueil par des enseignants et implique que nous occupions d’autres locaux que les écoles. Par ailleurs, la problématique du taux d’encadrement reste pleine et entière.

 

  • Que les crèches ouvrent ? Cette hypothèse paraît totalement invraisemblable à mes yeux. Elle l’est d’autant plus dans les conditions préalablement posées de distanciation sociale imposée et/ou de port de masque obligatoire.

 

  • Que l’organisation des temps estivaux soit considérée comme tournant à effectif complet ? Dans le cas contraire, sauf à ce que le gouvernement confirme une liste de parents dont les professions sont prioritaires, nous devrons, si les taux d’encadrement restent ceux qui sont règlementairement imposés, accueillir les premiers inscrits… Cette disposition crée, de nouveau, des inégalités de traitement des familles kerhorres. Dans le cas d’effectifs pleins, les conditions sanitaires envisagées, obligent les services à occuper plus de locaux que ceux habituellement utilisés l’été, à ouvrir par exemple la restauration scolaire à Jules Ferry, et donc à recruter du personnel supplémentaire. Il paraît par ailleurs raisonnable d’envisager de reporter les séjours d’été au mois d’août (traditionnellement en juillet). En effet, envisager l’annulation pure et simple est une possibilité mais pour certains enfants, ces séjours seront la seule possibilité « d’échappatoire » sur la période entre mars et septembre. Mais est-ce que cela sera possible , tout bonnement?

 

  • Que nous demandions à nos prestataires de ménage d’augmenter le nombre et l’ampleur de leurs prestations ? Il est raisonnable de penser que deux passages par jour soient nécessaires, au vu du peu de connaissances que nous avons sur ce virus et notamment du manque de connaissances sur sa survie sur surface inerte. Une prestation de ménage classique est insuffisante puisque l’ensemble du matériel mis à disposition, et utilisé par les élèves, devra être désinfecté (scenario dit « du pire »). A ce jour les prestataires de ménage ont repris leur prestation dans nos écoles mais la question de la disponibilité de ceux-ci reste en suspens à la rédaction de cette note d’autant qu’ils nous ont alerté sur leur organisation en mode dégradé.

Le personnel municipal est mobilisable et volontaire, sous réserve que les conditions de sécurité de l’emploi soient garanties. Il n’en reste pas moins que l’ensemble des réponses aux questions posées plus haut devra être apporté avant d’envisager une reprise, serait-elle partielle. Jamais je n'engagerai la responsabilité de la ville, la mienne et celles des agents sans certitude sur les différents points évoqués plus haut. Annoncer le 11 mai, comme ça, n'est pas sérieux. N'est pas crédible. En bon Républicain, je ferai ce qu'il faut pour appliquer ce que nous pouvons faire mais franchement...

Nous nous sentons seuls. Nous improvisons, nous tentons de combler les brèches. Je pense à mes collègues de villes et de communes plus petites qui ont moins de moyens, financiers, humains et matériels. Je pense à ces coupes drastiques dans nos budgets, je pense à la stigmatisation systématique par la majorité actuelle des agents de la fonction publique. Je pense aux 100 000 suppressions d'agents de la fonction publique d'Etat demandées par G.Darmanin, O.Dussopt. Je pense aux coups sur les doigts envers les élus locaux qui seraient trop dépensiers. Et enfin je pense aux professionnels de santé : ceux qui sont en 1ère ligne depuis 4 semaines.

Et puis tout de même, je repense au discours du président qui nous encense lundi soir. Cette fois.

Sans nos villes, sans nos élus locaux : on ferait comment?

Capture d’écran 2020-04-15 à 15.15.28.png

19:10 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | | | |

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.